lundi 24 mars 2008

Powers


Récemment, je me suis attaqué aux œuvres moins connues de Brian Michael Bendis. Si vous lisez un tant soit peu les Marvels, vous le connaissez forcément, c'est l'auteur des Ultimate Spider-Man, New Avengers et autres Daredevil. Rien que ça. Mais à coté de ces gros "blockbuster", le mec nous pond aussi des œuvres beaucoup plus personnelles et tout autant captivantes.

Je ne vous parlerais pas aujourd'hui de Jinx, Goldfish et autres Torso. Non, aujourd'hui, je vais vous parler de Powers, une série vraiment pas comme les autres mais qui parle quand même de super-héros.

Sauf que cette fois, Bendis investit un genre qu'il connait bien : le policier. L'auteur s'approprie tous les codes du genre et les mélange avec l'univers de super-héros. Le résultat est très réussit.

C'est dans ce contexte que les inspecteurs Christian Walker et Deena Pilgrim enquêtent sur tous les meurtres liés aux super-héros. Ce pitch fait tout de suite penser à notre cher Jessica Jones, héroïne de Alias et The Pulse, mais la comparaison s'arrête très vite, tant le traitement du sujet varie, que se soit au niveau des histoires que du style graphique.

L'ambiance fait très hollywoodienne. On est assez loin des premiers polars noirs de Bendis, les dessins font beaucoup plus "Kitch" et nous rappellent même certains dessin-animés de notre enfance. C'est Mike Avon Oeming qui tient les crayons, son travail est très fluide et les personnages sont très expressifs. On adhère très vite à cet univers, même si beaucoup seront assez rebuté par le manque de réalisme des dessins.

Mais si Powers à des allures de dessin-animé, on est très loin des histoires pour enfants. Certaines scènes sont assez abruptes, et les dialogues sont très crus. La série n'étant pas adressé à un public jeune, Bendis ne se prive pas de lâcher des "fuck" dès qu'il en a l'occasion.

Les intrigues sont assez solides, les deux policiers vont, à travers de banales histoires de meurtres, enquêter sur la vie de ces héros costumés et se rendre compte que leurs vies quotidienne est beaucoup moins glorieuse qu'elle n'en a l'air.

Cependant, les enquêtes comportent selon moi un léger défaut : il est assez difficile pour le lecteur de deviner le coupable. Quand je lis des policiers, j'aime bien jouer à "qui a fait le coup ?" avant que la solution finale ne soit apportée. Ici, dans 80% des cas, ce n'est pas possible.

Mais les affaires se rattrapent par de très bonnes idées. Ainsi, les histoires explorent des facettes que l'on ne soupçonnait pas venant de super-héros.
Comment se comportent ces "héros", lorsqu'ils ne portent pas de costumes où qu'il ne tournent pas dans une pub à la tv ? Comme tous le monde, ces gens là ont un côté sombre. Ils possèdent leur lot de bêtise et de méchanceté, bref, tous ces petits défauts qui les rendent humains.

L'auteur arrive à nous dépeindre un univers assez cynique où derrière les paillettes et les artifices du monde des costumés se cache un envers du décor beaucoup moins prestigieux. Ici, les héros font partie intégrante du monde de la consommation et la notion d'héroïsme a perdu énormément de son concept.

Il faut bien sûr aimer le style de Bendis. Je veux dire par là qu'il ne faut pas avoir peur de lire du texte. Ceux qui connaissent ses œuvres savent bien de quoi je parle, l'auteur est un très grand dialoguiste. Il sait tenir en haleine le lecteur juste en mettant en scène deux personnes qui discutent.
Mais n'allez pas croire que le style est pompeux, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Il y a d'ailleurs beaucoup d'humour, la très vulgaire inspectrice Pilgrim ayant encore plus de répartie que Jessica Jones et Peter Parker réunis (si, si, c'est possible).

Neanmoins, je l'ai lu en VO, je ne sais pas ce que donne la traduction, mais je doute que l'on puisse retranscrire toute la subtilité des dialogues en français.


A travers ces aventures, une alchimie toute particulière fonctionne entre les deux protagonistes au caractère pourtant si différent. Chacun à une personnalité très travaillée qui s'accompagne souvent d'un passé assez mystérieux. L'histoire va donc plus loin qu'une succession d'enquêtes. De vrais fils rouges s'installent entre les différentes affaires, ce qui donne une envie irrésistible de lire le numéro suite dès que l'épisode se termine.

Vous l'aurez compris, je recommande très fortement cette série. Le volume 1 comporte 37 numéros et le volume 2 est toujours en cours aux États-Unis.
Moi, Je l'ai commencé à les lire il y a quelques semaines à peine, et je ne peux plus décrocher. J'ai énormément de mal à lire autre chose, et j'en ai presque négligé ce blog. Vous être prévenu, Powers est pire qu'une drogue.

5 commentaires:

wade wilson a dit…

J'aime bien quand le côté addictif prend le dessus! Il m'arrive la même chose avec les romans Millénium, j'arrive pas à décrocher!

Matt Murdock a dit…

Ouais, mais le problème avec ça est que j'aurais bien rattrapé mon retard et il me restera plus qu'a me mettre au rythme des sorties. Dur...

Neault a dit…

Excellent Powers, perso je n'ai pas lu la VO et la traduction me semble pas trop mal. Petit exemple de ce que ça donne (histoire de se mettre dans l'ambiance) :

Dans un épisode, Olympia, un super-héros ultra populaire, est retrouvé raide mort dans une sordide chambre d'hôtel. Une fille, avec qui il a eu une "aventure", est interrogée par les deux inspecteurs. C'est une groupie qui est excitée par les "pouvoirs". Elle raconte assez librement qu'elle voyait Olympia pour "baiser" mais que, en dehors de ça, pour ce qu'elle en savait, "c'était un enculé". Mieux encore, elle raconte une anecdote concernant une amie à elle :
- On ne sait jamais ce qui peut arriver dans des aventures de ce genre. Une des filles que je connais, Kate, elle courait après Ringray. Et quand elle a fini par lui mettre la main dessus, elle...c'est drôle...elle lui a fait une...elle l'a sucé.
- Hum.
- Et elle est allé jusqu'au bout et...euh...elle...elle n'en a pas perdu une goutte.
- D'accord...
- Et après ça...elle a été capable de voler pendant quelques heures. Pas très haut ni très vite mais...six heures...

Il fallait y penser. La fellation donnant des pouvoirs pendant un temps limité, voilà une sacrée façon d'appréhender les supermen qui peuplent les comics. ;o)

Tonio a dit…

J'adore POWERS, malheureusement ils ont arrêté la traduction française au 3eme volume relié ( qui doit correspondre a peu près à l'épisode 13 ) et pas de nouvelles en vues.
Quant à acheter la VO, les prix sont assez prohibitifs ça fait rager ( 25 € au moins le TDB bon faut les sortir quand même )

Matt Murdock a dit…

Ensuite, Deena répond
"Moi, tout ce que ça a réussi a me donner ce sont des crampes d'estomacs."

C'est vrai que c'est dommage que ça n'aille pas plus loin que le n°13 en France.
Surtout que ça ne fait que s'améliorer quand on avance.